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Les oeuvres de Till Rabus
(peintures, sculptures ou vidéos) s’organisent en
séries. Le procédé commun à la plupart de ces séries est la déformation.
D’un point de vue formel, les peintures de Till font référence à
L’hyperréalisme et au photo réalisme d’artistes américains des années
soixante, on pense à Robert Bechtle ou Richard Estes. La référence au
pop
art est également présente, non seulement du fait de la figuration
d’objets
de consommation courante, mais également en raison de la critique des
images
et de leur répétition. En un sens, par delà les rapides évolutions des
medias utilisés par l’art, la peinture de Till Rabus essaie de renouer
avec
la tradition et l’iconographie de la peinture ancienne (portraits et
paysages), donc une forme de réalisme radical. Nous devons également
penser
au travail de Chuck Close et ses interventions sur l’image pixellisée.
Il
est clair que les déformations qu’opère Till Rabus n’ont pas pour but de
créer un style formel spécifique mais seulement d’en appeler à un
univers
onirique et critique qui représente le lien entre les différentes
oeuvres
par delà leur disparité, non sans un humour plus qu’incisif.
La série de peintures de grand format « Caradisiac (2007) » mêle des
corps de
femmes et des carrosseries de voitures dans des portraits d’êtres
hybrides
présentant les caractéristiques idéales des deux. Sur fond blanc
uniforme se
détachent des morceaux de voitures de luxe mixés avec des parties de
corps
de top models. On peut évidemment penser à un jeu de mot sur la
« carrosserie », ou encore se risquer à la psychanalyse du rapport de
désir
que l’on peut entretenir avec les plus beaux véhicules. Mais c’est
également
aux choses les plus populaires, comme les calendriers kitsch à
l’érotisme
désuet et attendrissant qui ornent parfois les ateliers de mécanique que
font allusion ces travaux. Le luxe et la volupté inondent ces portraits
hybrides de ce qui pourraient être les « créatures de rêves » de mâles
occidentaux en manque de raccourcis mentaux. Cette accélération de nos
pulsions cache également la violence de la rencontre des corps et de la
mécanique, comme dans la tôle froissée d¹un improbable accident. De là
sans
doute le concentré de sex appeal et de violence glamour qui se dégage de
ces
impeccables portraits, irréels comme l¹objet de nos désirs.
Sébastien Planas (les collections de Saint-Cyprien)
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